🛡️ Série prévention des fraudesAnomalies n° 15, 16, 17Guide PDF + WordFRAUDE 11
Dumping salarial, travail au noir et location de services illicite dans le bâtiment suisse : reconnaître, se protéger, signaler
Un chantier peut perdre de l'argent sans qu'aucun mur ne soit mal bâti : salaires versés sous la convention collective, ouvriers « arrangés » sans déclaration, équipe prêtée par une entreprise qui se dit sous-traitante, offre très basse compensée ensuite par des avenants. Cette page aide à reconnaître ces trois situations, rappelle ce que disent la loi sur le travail au noir, la loi sur le service de l'emploi et la location de services, la loi sur les travailleurs détachés et le Code des obligations, et indique à qui signaler. Un signal n'est pas une preuve : seuls l'autorité et le juge qualifient les faits.
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Le guide : Dumping salarial, travail au noir et LSE
Le guide détaillé de cette page en PDF et en Word : base légale, marche à suivre, modèles de lettres et checklist de preuves.
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Comment fonctionne le piège et quels signaux d'alerte
Le mécanisme sur le terrain en Suisse romande
Travail au noir, arrangements familiaux, sous-classification (anomalie 15). Selon le SECO, le travail au noir désigne différentes formes de non-respect des obligations d'annonce et d'autorisation du droit des assurances sociales, du droit des étrangers et de l'imposition à la source. Sur un chantier : salaires payés en espèces ou en partie sans fiche de paie, ouvrier non annoncé à la caisse de compensation, proche de l'employeur « arrangé » sans contrat, ouvrier qualifié classé dans une catégorie de salaire inférieure à celle de la convention collective (CCT). Même en famille, la procédure de décompte simplifiée n'est pas applicable au conjoint et aux enfants de l'employeur occupés dans l'entreprise (art. 2 al. 2 let. b LTN).
Fausse sous-traitance et prêt de personnel (anomalie 16). Un contrat d'entreprise promet un ouvrage ; un prêt de personnel met des travailleurs à disposition d'une entreprise qui les dirige. L'ordonnance parle de location de services lorsque l'entreprise qui reçoit les travailleurs obtient l'essentiel des pouvoirs de direction, et l'on peut y conclure notamment si les travailleurs sont intégrés à son organisation, utilisent ses outils ou si elle supporte le risque de mauvaise exécution (art. 26 OSE). Indice : une « sous-traitance » facturée à l'heure, avec des ouvriers qui prennent leurs ordres du chef de l'entreprise principale.
Offre « suicide » et avenants (anomalie 17). Une offre très basse n'est pas illégale en soi. Le signal apparaît quand l'entreprise retenue réclame ensuite des suppléments non commandés et subordonne la poursuite des travaux à leur paiement. L'écart de -25 % de l'exemple de l'utilisateur n'est pas un seuil légal.
Signaux d'alerte (Red Flags) à vérifier avant et pendant le chantier
Aucun de ces faits ne prouve une infraction à lui seul ; certains ont une explication ordinaire. Ils justifient de demander des pièces par écrit, de vérifier une autorisation dans le répertoire officiel et de comparer ce que vous voyez sur le chantier aux contrats et aux listes du personnel. Cochez ceux que vous constatez dans le mini-diagnostic qui suit.
Des ouvriers présents sur le chantier ne figurent sur aucune liste du personnel et aucune attestation de cotisations, ou sont payés en espèces.
Le salaire horaire indiqué par un ouvrier est inférieur à la catégorie de la CCT qui correspond à sa fonction réelle.
Un contrat de « sous-traitance » est facturé à l'heure, et les ouvriers reçoivent leurs ordres du chef de l'entreprise principale, avec ses outils et son matériel.
L'entreprise qui fournit du personnel n'apparaît pas dans le répertoire officiel des entreprises autorisées, ou refuse de montrer son autorisation.
Une offre est nettement inférieure à toutes les autres, sans explication de quantités, de méthode ou de coûts.
Peu après l'adjudication, des suppléments sont réclamés sans commande écrite, avec la menace d'arrêter le chantier s'ils ne sont pas payés.
Les justificatifs demandés (liste du personnel, catégories de salaire, attestations) ne sont pas fournis, ou l'accès aux contrôleurs est refusé.
Mini-diagnostic : combien de signaux repérez-vous ?
Cochez ce qui correspond à votre dossier. Le résultat est un simple comptage : rien n'est envoyé ni enregistré.
Repérez-vous des signaux de travail au noir, de prêt de personnel ou d'offre à avenants ?
Cochez ce qui correspond à votre dossier. Rien n'est envoyé ni enregistré : le résultat est un simple comptage de signaux.
Ce n'est ni un diagnostic ni une preuve : un signal appelle une vérification, pas une accusation.
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Cochez les signaux observés : le résultat s’affiche ici, case après case.
Quatre blocs de règles : le travail au noir (LTN, LAVS), les conventions collectives (CO, LECCT), la location de services (LSE, OSE) et les marchés et contrats (LMP, CO). Textes lus sur Fedlex le 2026-11-07. Pour les modifications de commande, la norme SIA 118 n'est pas nécessaire ici ; ses numéros d'articles ne sont pas confirmés (*) et ne sont pas cités.
Les règles en un coup d’œil
Règle
Article
Ce que dit le texte
Travail au noir : contrôle et exclusion
art. 1, 6, 7, 8 et 13 LTN
L'organe cantonal vérifie annonce et autorisation (accès, renseignements, documents) ; après condamnation entrée en force, exclusion des marchés publics jusqu'à cinq ans.
Décompte simplifié
art. 2 al. 2 LTN
Non applicable aux sociétés de capitaux, ni au conjoint et aux enfants de l'employeur occupés dans l'entreprise.
Cotisations et étrangers
art. 14 et 87 LAVS ; art. 117 LEI
Cotisations retenues à chaque paie ; délits d'éluder les cotisations ou d'employer un étranger non autorisé.
CCT : effet impératif
art. 357, 341 CO ; art. 1 LECCT
Les accords moins favorables que la CCT sont nuls ; pas de renonciation pendant le contrat et un mois après.
Location de services
art. 12, 19, 22 et 39 LSE ; art. 26 et 28 OSE
Autorisation cantonale requise ; sans elle, contrats nuls ; amende jusqu'à 100 000 francs pour le bailleur, 40 000 pour l'employeur qui savait.
Chaîne de sous-traitance
art. 5 LDét
L'entrepreneur contractant répond des sous-traitants ; il s'exonère en prouvant sa diligence.
Offre anormalement basse
art. 38 et 44 LMP
Demande de renseignements obligatoire ; exclusion possible si l'entreprise ne prouve pas remplir les conditions.
Forfait et suppléments
art. 373, 374, 375 et 6 CO
Pas d'augmentation d'un forfait, sauf circonstances extraordinaires ; le silence peut parfois valoir acceptation.
Bouclier contractuel et preuves à réunir
Le contrat de sous-traitance complet, avec ses justificatifs de conformité salariale, est décrit dans notre dossier sur la responsabilité solidaire (LDét) ; les avenants le sont dans le dossier sur le devis. Voici les réflexes propres à cette page.
Exigez avant l'accès au chantier la liste du personnel avec catégories de salaire, l'attestation de l'organe paritaire et les attestations de cotisations (lettre 1).
Vérifiez dans le répertoire officiel qu'une entreprise qui fournit du personnel est autorisée ; lisez dans le contrat qui dirige les ouvriers et qui fournit le matériel.
Interdisez par écrit la sous-traitance en chaîne sans votre accord et exigez les mêmes justificatifs de chaque niveau.
Refusez par écrit tout travail supplémentaire non commandé (lettre 2) et demandez une justification chiffrée ; ne laissez pas votre silence valoir acceptation.
Avant d'adjuger, demandez à l'auteur d'une offre très basse d'expliquer ses quantités, sa méthode et sa main-d'œuvre, et consignez la réponse.
Signalez les faits (lettre 3) à l'organe compétent, sans qualifier personne, et consultez un avocat avant toute rupture de contrat.
Modèles de lettres types
Lettre 1 : demande de justificatifs et d'autorisation avant l'accès au chantier (entreprise principale)
[Lieu], le [date] · envoi recommandé et courriel
Objet : chantier [nom], lot [..], justificatifs de conformité salariale et, le cas échéant, autorisation de location de services
Madame, Monsieur,
Avant l'accès de votre personnel au chantier, nous vous prions de nous remettre d'ici au [date, 5 jours ouvrables] : la liste des personnes affectées avec leur catégorie de salaire ; l'attestation de l'organe paritaire de la CCT applicable ; les attestations de paiement de vos cotisations sociales ; et, si vos travailleurs sont placés sous la direction de notre chef de chantier, votre autorisation de location de services. Sans ces pièces, nous ne pouvons pas autoriser l'accès. Nous réservons tous nos droits.
Nous vous prions d'agréer, Madame, Monsieur, nos salutations distinguées.
[Nom, fonction, signature]
Lettre 2 : refus d'un supplément non commandé et demande de justification (maître d'ouvrage)
[Lieu], le [date] · envoi recommandé et courriel
Objet : contrat du [date], prix à forfait de CHF [..], supplément annoncé de CHF [..], refus et demande de justification
Madame, Monsieur,
Le contrat fixe un prix à forfait ; l'entrepreneur ne peut en principe réclamer aucune augmentation, même si l'ouvrage a exigé plus de travail ou de dépenses que prévu (art. 373 al. 1 CO). Nous n'avons pas commandé par écrit les travaux supplémentaires annoncés le [date] et nous n'acceptons pas ce supplément. Veuillez nous indiquer par écrit, d'ici au [date, 10 jours], la nature de chaque travail, les quantités, le prix unitaire et la raison pour laquelle il ne serait pas compris dans le forfait. Merci de poursuivre les travaux selon le contrat. Nous réservons tous nos droits.
Nous vous prions d'agréer, Madame, Monsieur, nos salutations distinguées.
[Nom, fonction, signature]
Lettre 3 : signalement à l'organe de contrôle ou à la commission paritaire (faits seulement)
[Lieu], le [date] · envoi recommandé
Objet : signalement de faits observés sur le chantier [nom, adresse] et demande de contrôle
Madame, Monsieur,
Nous portons à votre connaissance les faits suivants, observés les [dates] : [personnes présentes sans annonce connue / salaire indiqué par l'intéressé / entreprise qui fournit le personnel et direction exercée sur place]. Nous ne qualifions pas ces faits et ne portons aucune accusation. Pièces à disposition : [photos datées, contrat].
Nous vous prions d'agréer, Madame, Monsieur, nos salutations distinguées.
[Nom, fonction, signature]
Où signaler
Le contrôle des obligations d'annonce relève de l'organe cantonal de contrôle du travail au noir ; les salaires de la branche, de la commission paritaire (CCT étendue) ou de la commission tripartite ; la location de services, de l'autorité cantonale compétente ; une infraction pénale, de la police ou du ministère public.
SECO : commissions tripartites cantonales et organes paritaires : Liste des commissions tripartites cantonales (PDF du 5 novembre 2026) ; dans les branches à CCT étendue, les commissions paritaires contrôlent la convention. (adresse lue le 7 novembre 2026)
Police ou ministère public cantonal : dénonciation pénale : Infractions pénales (emploi d'étrangers non autorisés, extorsion, contrainte) : tout poste de police ou le ministère public, gratuitement. (adresse lue le 7 novembre 2026)
Se protéger avec l'indice ACIP et le logiciel Soumission, questions fréquentes
Comment verrouiller votre chantier avec l'indice ACIP et Soumission
Un prix bas se juge sur des coûts, pas sur une impression. Avant d'adjuger, chiffrez vos devis par CFC avec les prix ACIP 2026 (Art Construction Indice de Prix) sur notre plateforme, avec le logiciel Soumission, et demandez à l'entreprise qui propose un prix très inférieur d'expliquer ses quantités, sa méthode et sa main-d'œuvre. Ce repère ne prouve rien : il fonde une question écrite.
Une offre inférieure de 25 % aux autres est-elle illégale ?
Non. Le chiffre de 25 % est un exemple de situation, pas un seuil légal : ni la LMP ni le CO ne fixent d'écart de prix. Dans un marché public, l'adjudicateur doit demander les renseignements utiles quand le prix total est anormalement bas par rapport aux autres offres (art. 38 al. 3 LMP) et peut exclure l'entreprise qui, invitée à s'expliquer, ne prouve pas remplir les conditions de participation et n'offre aucune assurance d'exécution conforme (art. 44 al. 2 let. c LMP). Dans un marché privé, une offre basse est licite ; c'est le contrat à forfait qui protège ensuite (art. 373 al. 1 CO).
Quelle différence entre sous-traitance et location de services ?
Le sous-traitant exécute un ouvrage ou un lot sous sa propre direction et son propre risque. Le bailleur de services met un travailleur à disposition d'une entreprise en lui abandonnant l'essentiel des pouvoirs de direction (art. 26 al. 1 OSE). Parmi les indices : intégration du travailleur dans l'organisation de l'entreprise locataire, usage de ses outils, risque de mauvaise exécution à sa charge (art. 26 al. 2 OSE). Si la location relève de l'autorisation, l'office cantonal du travail doit l'avoir accordée (art. 12 al. 1 LSE). Le cas concret est qualifié par l'autorité cantonale.
Que risque l'entreprise qui engage du personnel prêté par une entreprise sans autorisation ?
Sans autorisation, le contrat de location de services est nul (art. 22 al. 5 LSE), et le contrat de travail du bailleur avec le travailleur l'est aussi (art. 19 al. 6 LSE). L'employeur qui, intentionnellement, recourt à un bailleur qu'il savait non autorisé encourt une amende de 40 000 francs au plus (art. 39 al. 2 let. a LSE) ; le bailleur lui-même, jusqu'à 100 000 francs (art. 39 al. 1 let. a). Ce sont des peines prévues par la loi, non des condamnations : la poursuite incombe aux cantons (art. 39 al. 6).
Un ouvrier peut-il accepter par écrit un salaire inférieur à celui de la CCT ?
Pas valablement. Pour les employeurs et travailleurs liés par la convention, ses clauses ont un effet direct et impératif, et les accords qui y dérogent au détriment du travailleur sont nuls et remplacés par ces clauses (art. 357 al. 1 et 2 CO). Le travailleur ne peut pas renoncer, pendant le contrat et un mois après, aux créances résultant de dispositions impératives ou d'une CCT (art. 341 al. 1 CO). Une CCT étendue s'applique à toute la branche (art. 1 al. 1 LECCT). Les délais de prescription sont à vérifier avec un juriste.
Un entrepreneur peut-il exiger un supplément après un prix à forfait ?
En principe non : lorsque le prix est fixé à forfait, l'entrepreneur ne peut réclamer aucune augmentation, même si l'ouvrage a exigé plus de travail ou de dépenses que prévu (art. 373 al. 1 CO). Le juge peut accorder une augmentation ou la résiliation si des circonstances extraordinaires, impossibles à prévoir, rendent l'exécution difficile à l'excès (art. 373 al. 2 CO). Les travaux réellement commandés en plus font l'objet d'un avenant écrit. Notre dossier sur le devis détaille ces règles.
Les articles de la SIA 118, norme non librement consultable, sont à vérifier dans l’édition applicable à votre contrat (marqués (*) quand ils n’ont pas pu être confirmés). Les exemples chiffrés de cette page sont fictifs.